Amériques: sommet indigène face à une "civilisation capitaliste"

28 mayo 2009

Près de 5.000 représentants de communautés indigènes des Amériques se réunissent vendredi dans le sud-est du Pérou, pour un sommet continental résolu à faire avancer leurs droits, face à un mode de développement capitaliste qu’ils sentent affaibli par la crise.

Puno, fief linguistique aymara et quechua à la frontière entre Pérou et Bolivie sur les rives du lac Titicaca, accueille ce “IVe Sommet continental des peuples et nations indigènes d’Abya Yala”.

Abya Yala, ou “Terre dans sa maturité” en langage kuna du Panama, le nom que les Amérindiens veulent donner au continent.

Droits sur les terres, protection de l’environnement et de la “Terre mère”, autonomie politique, accès à la santé et l’éducation: les thèmes récurrents du mouvement indigène, monté en puissance depuis 10-15 ans seront débattus au sommet de Puno jusqu’à dimanche.

Mais depuis les trois premiers sommets continentaux amérindiens, au Mexique en 2000, en Equateur en 2004, au Guatemala 2007, le panorama a changé et dans certains pays, “l’invisibilisation” des indigènes n’est plus de mise.

Ainsi en Bolivie, les droits indigènes sont une composante clef, voire un étendard, du pouvoir en place. La Constitution promulguée début 2009 par le président socialiste – mi quechua, mi aymara – Evo Morales, leur garantit des droits inédits: la reconnaissance et l’usage de leurs langues, des sièges au Parlement et la défense de traditions comme culture de la coca.

Le président Morales a été invité par le sommet de Puno, où sa présence serait un pied-de-nez au gouvernement social-démocrate péruvien d’Alan Garcia, aux relations tendues avec ses communautés indigènes dans l’est amazonien.

Car certaines lignes de front restent intactes.

Dans le nord-est péruvien depuis avril, un collectif disant représenter 65 groupes ethniques, 600.000 indigènes, livre une “guérilla logistique” — blocus ponctuels de routes, de fleuves, d’oléoducs — pour protester contre des décrets-lois de 2007-08 jugés laxistes pour l’exploitation pétrolière, minière et forestière.

Le gouvernement de Lima a dû décréter l’état d’urgence pour deux mois dans certains districts de quatre régions du Nord-Est, alors que des heurts entre indiens et policiers ou militaires qui forçaient des blocus ont fait quelques blessés.

Il a surtout martelé, à l’instar du ministre de l’Environnement, que l’exploitation des ressources continuerait, car l’Etat “ne peut compromettre la sécurité énergétique du Pérou”, et parce que “le sous-sol n’appartient pas aux indigènes mais à tous les Péruviens”.

Cette détermination, parfois crispée, à poursuivre des mégaprojets (l’extraction d’or sous des glaciers au Chili, de cuivre et de fer en Bolivie), est l’autre versant d’une crise internationale sans précédent depuis 80 ans, pain béni pour les arguments indigènes.

Cette “crise du +développement+ et de la +civilisation capitaliste+” qu’ils dénoncent depuis des décennies, sera un thème majeur du sommet de Puno. De même que l’évaluation de la “dette écologique” et la “justice climatique” qui voit des dérèglements venir sanctionner les excès industriels.

La défense de formes d’autonomies à l’intérieur d’Etats “pluri-nationaux” sera aussi mise en avant, quitte à irriter certains pays dont le Pérou hôte, dans ce sommet devenu rendez-vous régulier — et médiatique — de la diversité ethnique amérindienne, de la pointe nord du Canada jusqu’à l’extrême sud du Chili.

Fuente: AFP

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